16 décembre 2009
"Face à la récession, comment organiser un autre vivre ensemble qui redynamisera nos territoires?"
Conférence de Claude Llena, professeur de socio-économie à l’université de Montpellier, à l'occasion de la célébration des 30 ans du GENE à la salle des fêtes de Nemours, le 12 décembre.
1- les constats quantitatifs :
Sur notre terre, 1 milliard d’individus ne mangent pas à leur faim.
10% de la population de notre pays a des revenus inférieurs au RMI.
Le progrès de la croissance ne s’accompagne pas forcément avec l’amélioration de notre niveau de vie; on assiste plutôt à sa détérioration.
Comment mesurer le bonheur ?
Il y a plusieurs indicateurs : le PIB, l’IDH (Indicateur Développement Humain) et l’ISS (Indicateur de Santé Sociale) et c’est cet indicateur qui est le plus parlant – il comporte 16 variables.
L’ISS est en réduction dans les pays occidentaux, pourtant la croissance progresse.
Les gouvernements en place préfèrent penser que « le corps social n’est pas malade »
2- Différentes expériences
-à Montpellier, dans un quartier dit sinistré (40% de chômage, 50 % des habitants au RMI), en y regardant de plus près on constate que la cité est en activité, qu’il y a une vie étonnante.
Voir à ce sujet le livre « la Puissance des Pauvres »
- au Perthus : si on observe les voitures se déplaçant vers le Sud, il y en avait des centaines 30 ans auparavant, il y en a désormais des milliers qui forment une sorte de toile d’araignée entre le Nord et le Sud, qu’on peut recouvrir par le terme « économie informelle ».
-les AMAP sont un exemple de relocalisation de l’activité.
Il y a aussi l’exemple des épiceries de producteurs (25 producteurs se regroupent et vendent chacun 1 jour par mois dans ce type d’épicerie).
- expérience en Afrique et en Amérique Latine
Proverbe sénégalais : « est pauvre celui qui n’a personne » on constate la force de l’organisation collective pour gérer les situations de crise.
Les pratiques informelles ne sont pas comptabilisées.
3-les Economies plurielles – Sortie de l’économie
Si on prend le besoin de s’alimenter, il y a plusieurs façons d’y répondre :
-l’économie marchande (aller au restaurant)
-l’économie non marchande (redistribution par organismes caritatifs)
-méthode domestique (manger les légumes de son jardin ou encore du jardin de son voisin – on entre à ce moment dans le don/contre-don, on n’est pas obligé de rendre dans l’instant, le contre don s’étire dans le temps)
-l’économie sociale et solidaire
En Amérique Latine, existence de « l’Economie Populaire » qui est en fait l’économie des pauvres.
Il existe en Bolivie un ministère des micro-entreprises et de l’informalité.
Si on tente de formaliser l’informel, on tue la dynamique et on risque de mettre les personnes qui participent à l’économie informelle dans un modèle pour lequel ils ne sont pas préparés.
La sortie de l’économie : le 1er besoin humain est le besoin de reconnaissance. Un autre fonctionnement est à adopter afin de sortir de la logique de l’Homo Economicus, il nous faut voir la réalité avec des indicateurs différents de ceux proposés par l'économie classique.
20 mai 2009
Peut on échapper à l'AGCS?
Raoul Marc Jennar pose la question sur son blog, "où en est la mise en oeuvre de l'AGCS" et force est de constater que cette mise en oeuvre avance inexorablement.
Pour ceux qui en douteraient encore, ses 2 plus belles illustrations sont les récentes réformes sur l'Hôpital et sur l'Université.
En fait, tous les services sont concernés par cet accord sauf les services dits régaliens de l'Etat.
Dans un premier temps, les maires des communes qui voulaient s'opposer à cette logique ont déclaré leurs communes zones Hors AGCS. Cette déclaration n'avait qu'une valeur symbolique mais elle avait le mérite de faire que cette question soit débattue lors des conseils municipaux.
A présent, il semble que ce genre de délibéré ne soit plus guère prononcé.
Que faire alors? Informer est il suffisant?
Puisque le rouleau compresseur est en marche, on peut alors s'interroger:
quelle sera la prochaine "vache à lait"?
Le secteur tertiaire (les services) a été mis sur le marché du fait qu'il n'y avait plus de profit à faire avec l'agriculture ni avec l'industrie. Gageons que nos décideurs sauront bien trouver une autre source de profits!
17 mars 2009
Conférence de Jean Staune - La mutation du capitalisme
Notes sur la conférence de Jean Staune à l'INSEAD en janvier 2009 --- rédaction Alain D. février 2009
Jean Staune, créateur de l'Université Interdisciplinaire de Paris; site http://www.uip.edu ;
auteur de "la Science en quête de sens" ; a dirigé "La science, l’homme et le monde, les nouveaux Enjeux" écrit avec les contributions de personnalités, dont sept prix Nobel (Presse-Renaissance).
Mutation du capitalisme, vers une intégration incontournable de l'éthique et du développement durable ?
à la crise actuelle
On a déjà tout entendu là-dessus. Nous ne retiendrons que quelques observations :
- la crise actuelle est le résultat intégral d'une situation caractérisée par l'avidité ; l'absence de lisibilité ; et l'absence d'éthique,
- on discerne le caractère moutonnier derrière la pensée unique et la "réussite" financière de certains,
- les pauvres ne sont pas le problème, ils sont la solution, ils montrent la capacité à réagir et à créer dans une économie devenue illisible,
- dans la nouvelle économie émergente, le capital ne suffit plus ; il faudra intégrer l'intelligence, la créativité, la réactivité et l'éthique.
à l'éthique
quelques exemples de pratiques éthiques déjà en place :
- le commerce équitable
caractéristiques : un prix minimal est garanti sur le long terme qui permet au producteur de vivre, de s'organiser, de se développer,
- le travail des enfants :
on voit vite que l'interdire totalement n'est pas réaliste (sinon on les retrouve dans la prostitution), il faut s'adapter, par exemple en exigeant deux jours d'école dans la semaine, avec un système de contrôle,
- le micro crédit : petits prêts syndiqués (prêts à ungroupe de personnes qui s'entraident) ; pratique dusud qui s'exporte désormais vers le nord !
- l'évaluation éthique des pratiques et des produits des entreprises ; notation extra financière ; dressée par des bureaux spécialisés ; communiquée aux "investisseurs éthiques" ; c'est 16 % du marché actuel aux USA ; slogan "votez avec votre caddie" !
à le développement durable
-- énergies renouvelables en développement,
-- traitement intelligent (techniques écologiques) des eaux et de l'air,
-- la technique nucléaire actuelle est largement dépassée ; les grands fabricants ne cherchent pas à faire de la recherche tant que le système rapporte ; il y a des technique bien plus sûres (refroidissement à l'hélium) ; il y a un système nucléaire (le rubiatron)qui s'arrête tout seul en cas d'incident (réacteur souscritique), et qui utiliserait les déchets nucléaires actuels ! L'industrie nucléaire ne lève pas le petit doigt (logique) mais les écologistes ne font que se positionner "contre" l'existant sans rien proposer d'innovant dans le domaine nucléaire (navrant).
Dans ce domaine du développement durable beaucoup de pratiques sont rentables et profitables à l'environnement ; elles offrent une croissance globalement positive, sans déchets, et respectueuses des lois de la nature. Elles ont l'avenir pour elles.
Nous sommes aujourd'hui coincés entre l'establishment qui ne veut rien changer, et les "khmers verts" qui exigent de tout arrêter (décroissance).
La question est alors : qui va savoir militer pour les vraies meilleures solutions globales ?
aujourd'hui presque personne n'engage de motivation et d'intelligence sur ces axes.
Quelques exceptions comme les Créatifs Culturels !
Le changement est toujours organique et engagé par des porteurs de nouvelles valeurs. Ils sont temporairement isolés et raillés, puis, la masse critique atteinte, les choses se révèlent alors aux yeux de tous.
à les changements dans la consommation
On assiste à une mutation dans les actes de consommation.
On voit se consolider les notions d'écologie, de commerce équitable, de consommer moins, de rejet du surplus, de la traque au gâchis, de la conscience de ne pas avoir besoin de plus, de l'objection de croissance …
à le passage à la post modernité
La vision de l'homme et du monde induit l'organisation du monde et de la société.
On comprend bien ce qu'est la forme du monde. On pourrait ainsi décrire clairement le monde néolithique, ou le monde médiéval ou celui des lumières.
Le monde actuel est ordonné selon la forme induite par la vision provenant des sciences.
Par exemple, les tayloriens ont simplement appliqué à l'entreprise les lois de la physique de l'époque, avec des particules (les matières et les ouvriers) gérées par des procédures. On a même appelé cela l'organisation scientifique du travail.
Avec une vision quantitativiste des choses.
Les lois de l'entreprise intégraient la lutte pour la vie, la conquête de l'autre et son absorption …
C'était une vision prométhéenne, créatique, basée sur la toute puissance de l'homme, capable d'asservir l'environnement et l'univers.
Or, il est intéressant de constater qu'à ce jour, et dans toutes les disciplines de la science, nous disposons de connaissances totalement nouvelles et qui renversent largement la vision ancienne.
Pour ne citer qu'elles : la théorie de la relativité qui bouleverse la relation espace-temps :: la physique quantique et le principe d'incertitude :: la théorie de l'incomplétude de la logique (tout système logique humain contient une faille logique) : le déterminisme et la sélection naturelle aléatoire deviennent la coévolution dans un système gagnant-gagnant :: l'analyse des déséquilibres (théorie du chaos ; effet papillon).
On voit émerger une nouvelle vision, sensiblement plus qualitative, qui renverse les choses.
Ces connaissances nouvelles vont engendrer des visions nouvelles du monde, lesquelles vont induire la transformation du monde et de son organisation.
Physique, chimie, neurosciences, informatique, communication … sont autant de germes de changements en profondeur inéluctables.
Ces changements très profonds sont déjà à l'oeuvre partout.
On ne les voit pas encore car ils sont dispersés dans les divers domaines de la pensée, et qu'il n'y a pas encore de pensée cohérente globale. C'est comme ces super novae que l'on observe aujourd'hui, mais qui ont en fait explosé il y a des milliers d'années.
L'univers est complexe, plus subtil qu'on ne pensait, il évolue et s'auto organise. Il va falloir apprendre à penser autrement les conditions de vie de l'humanité de demain. Et instruire les hommes !
Les choses évoluent lentement, et le paquebot ne changera pas de cap en un instant.
Mais déjà nous voyons déjà apparaître de nouveaux modes de fonctionnement : le travail en réseau (prise en charge plus collective de la recherche de solutions) ; l'intégration en temps réel de divers niveaux de compétence ou de hiérarchie ; le traitement non linéaire des problèmes et la prise en compte de la complexité qui les entoure.
Il va falloir lâcher les vieux modèles qui ont eu leur utilité en leur temps (et qu'on garde par habitude), afin de libérer la créativité.
Toutes ces visions induisent une pénétration de nouveaux concepts dans le management de l'entreprise et dans l'organisation sociale.
La lutte légitime contre les excès du capitalisme va changer de nature, devenir plus subtile et plus transformatrice.
L'éthique et la constance sont payants.
On constate sur la durée, que les entreprises à actionnaire majoritaire rapportent plus que celles qui écoutent un large panel d'actionnaires changeants.
On constate sur la durée, que les entreprises éthiques rapportent plus que les autres. On constate que les investisseurs islamiques, qui respectent les règles du Coran (pas d'usure ni de spéculation, pas d'investissement dans des productions "impures" ou illicites ), se retrouvent à plusieurs points au-dessus des autres, et l'on parle de créer un "CAC40 Islamique" pour en observer les évolutions !
Edgar Morin dit : " ce ne sont pas les connaissances nouvelles qui nous manquent, c'est l'aptitude à les penser globalement ".
Jean Staune a créé l'Université Interdisciplinaire de Paris dans le but de mettre les connaissances dispersées en relation.
Les germes de transformation sont déjà à l'oeuvre.
Commencent déjà les pionniers : les entrepreneurs éclairés, les porteurs de valeurs dans le monde du travail comme dans la société civile, les microsociétés qui mettent leurs valeurs en oeuvre, ces gens ordinaires qui suivent leur inspiration et qui transforment le monde sans le savoir encore.
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28 février 2009
conférence Laurent Cordonnier
Compte-Rendu de la Conférence du 6 février 2009 de Laurent Cordonnier à Nemours
Economiste spécialisé en macro-économie, maître de conférence Université de Lille I
Organisée par les Amis du Monde Diplomatique, ATTAC77Sud et CCC-OMC
Quelques définitions :
La macroéconomie est une partie de la science économique qui étudie les grandes structures et les phénomènes économiques globaux.
La microéconomie est une branche de la science économique qui étudie les comportements des entreprises et des consommateurs. Elle étudie en particulier la manière dont les rémunérations et les prix se constituent sur un marché donné.
Le capitalisme est un système économique où les individus et les entreprises privées assurent la production et les échanges de biens et de services à travers un réseau complexe de prix et de marchés.
Le libéralisme est une doctrine civile et politique suivant laquelle il faut donner aux citoyens le plus de libertés possible et le plus de garanties possible contre l’ingérence de l’Etat ou l’arbitraire du gouvernement.
Laurent Cordonnier est présenté par le correspondant du « Monde Diplomatique ».
Il commence son exposé en rappelant brièvement les définitions ci-dessus et souligne que le capitalisme est mû par la recherche de profits. Cependant le résultat pourrait être collectivement profitable si il était discipliné par le marché et la concurrence.
La crise financière déclenchée par les « subprimes » est la plus importante depuis 1929.
La crise des années 30 avait entraîné le fascisme, le nazisme et la guerre.
Après la guerre, le libéralisme a été discrédité. Par exemple, De Gaulle avait corseté l’économie.
La rupture est venue de Thatcher et Reagan qui ont réhabilité la doctrine libérale pour sortir leurs pays de la crise 1973-79 .
Trente ans plus tard, assistons-nous à la fin du laisser-faire en économie ?
La conception politique de gestion du capitalisme se modifie-t-elle ?
1) oui, ça bouge
2) oui, mais.. la question demeure, car rien de concret n’est apparu pour le moment pour dépasser le capitalisme financiarisé.
1) La somme des dégâts est considérable et se capitalise dans les esprits :
- successions de crises financières,
- scandales rendus possibles par le système économique actuel ( Enron, Kerviel, Madoff)
- infractions à la concurrence : ententes sur les prix dans le BTP, l’acier, la téléphonie, Internet
- spéculations sur tous les marchés financiers (actions et obligations)
- spéculations sur les matières premières agricoles, métaux, énergies fossiles…
qui se propagent à la gestion des conditions de vie, menacent les populations les plus pauvres (émeutes de la faim).
C’est un mouvement brutal qui va dans les deux sens, créé un désordre gigantesque, favorise la montée des inégalités et la persistance d’une extrême pauvreté pour un milliard de personnes qui vivent avec un dollar par jour.
Illustration de la spéculation avec les « vraquiers » et le transport maritime de matières premières :
La hausse du prix de l’acier provoque une tension sur le prix de location de ces bateaux. Des spéculateurs font construire de nouveaux bateaux. La crise se déclare. Le trafic maritime est divisé par 2 en 6 mois. Le prix de la journée de « vraquier » est divisé par 99. Le nombre de bateaux produits est trois fois supérieur aux besoins.
ça commence à se voir :
- la médiocrité de la croissance depuis 20 ans
- la décroissance continue des gains de productivité
- depuis 1978, les revenus salariaux annuels n’ont pas augmenté
ça commence à se voir :
- la profondeur de la crise est suffisante pour voir des tremblements
- quelle est la charge critique pour renverser la situation ?
- la dépréciation d’actifs dans les banques est de 1000mds de dollars
- aux Etats-Unis, les fonds de pension ayant été dépréciés, on calcule les années de travail supplémentaires qui seront nécessaires aux futurs retraités pour compenser cette perte.
- la vitesse d’effondrement rappelle celle de 1929.
- tous les secteurs économiques sont à moins 5 %
- le nombre de personnes privées d’emploi aux E.U . est actuellement de 2,6 millions
Où est le point bas ?
- la « grande » consommation va ralentir
- ce qui va entraîner la chute des investissements
- ce qui va entraîner en cascade la baisse de profits des entreprises qui fabriquent les produits nécessaires à la production de la « grande » consommation.
- que faire quand le krach atteindra les grandes entreprises?
- les pays les plus touchés sont ceux qui sont le plus financiarisés : Etats-Unis, Grande-Bretagne, Islande …
- les pays qui résistent le mieux sont ceux qui ont mis en œuvre la social-démocratie ( des fonctionnaires, des nationalisations historiques, la sécurité sociale, les retraites par répartition…)
- l’échec des toutes les institutions internationales (ONU, FMI, Banque mondiale…)
- Depuis 6 mois, les gouvernements font le contraire de ce qu’ils défendaient 6 mois auparavant : injections massives de liquidités, prises de participation dans les banques, nationalisation d’organismes financiers, garantie étatique des prêts interbancaires.
La question se pose : pourra-t-on revenir en arrière?
2) Ce qui est fait dans l’urgence, sera-t-il suffisant?
…Plans de relance budgétaire, taux d’intérêt historiquement très bas, renflouement de l’industrie automobile (NB. En période hors crises interdit par l’OMC….), plafonnement des revenus des dirigeants (bonus et parachutes dorés)….
Si il n’y a pas de remise en cause structurelle des méfaits de la finance : paradis fiscaux, spéculation, hedge funds…
En France, le partage des profits est au premier plan du dernier discours du chef de l’Etat avec le partage des profits en trois, un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les investissements, un tiers pour les salariés. Techniquement ça ne tient pas, mais c’est dit.
En Europe, malgré l’unification de la monnaie, la coordination entre les pays n’a pas été possible.
Une relance européenne n’est pas possible non plus car le budget de l’Union européenne ( 1,24 % du PIB) ne le permet pas.
Conclusion
Historiquement les systèmes se succèdent, une doctrine remplace l’autre. Le libéralisme d’avant la guerre a été remplacé par l’économie dirigée et le keynésianisme qui ont été remplacés par le libéralisme-monétarisme qui …… Encore faut-il que la doctrine suivante existe, ce qui n’est pas actuellement le cas.
Alors à quoi s’attendre?
- à des luttes sociales
- à la remise au goût du jour de la théorie de Keynes
- ça peut flotter pendant 25 ans
- à la crise écologique qui pose des problèmes au système actuel.
De quoi avons-nous besoin pour vivre?
Réfléchissons à nos besoins en énergie, en matières premières, fabriquons sur place ce que nous savons fabriquer….
La discussion s’engage ensuite avec les personnes présentes qui demandent des éclaircissements sur des points particuliers ou font part de leur réflexion sur l’impossibilité pour l’économie de continuer à exister sur le modèle de la croissance indéfinie puisque nous vivons dans un monde « fini » .
16 février 2009
La Forêt de Fontainebleau : bien commun ou bien privé ?
Pour la plupart d’entre nous, la Forêt de Fontainebleau est une forêt « protégée ». Si on y regarde de plus près, on s’aperçoit que ce n’est pas le cas.
Qui gère la forêt au niveau national?
2/3 des surfaces forestières appartiennent à des particuliers.
Le tiers restant appartient à l’Etat (forêt domaniale), à des collectivités locales ou à des établissements publics – il représente 4,5 Millions d’hectares.
-les forêts domaniales occupent 1,7 Million d’hectares
-les forêts communales : 2.8 millions d’hectares (10 500 communes forestières)
Les forêts publiques sont gérées par l’ONF depuis 1966, gestion auparavant assurée par l’Administration des Eaux et Forêts.
Il a 3 rôles essentiels : économique (récolter du bois), patrimonial (préserver la biodiversité et gérer la forêt pour les générations futures) et social (accueillir du public)
Depuis septembre la mise en œuvre de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) remet en question la gestion durable des forêts publiques en donnant la priorité à l’exploitation du bois au détriment de la gestion patrimoniale.
Le désengagement financier de l’Etat contraint l’ONF à abandonner sa mission de service public pour assurer des objectifs de rentabilité.
Pour produire plus, il remet en question les cycles d’«aménagement forestier » organisés sur 25 ans. La notion de « long terme » disparaît. Les règles de la sylviculture sont transgressées.
La réaction des personnels de l’ONF a conduit à la création d’une intersyndicale pour dénoncer ces projets.
Le 14 octobre dans l’Allier, suite à la mobilisation des personnels, une vente a été bloquée.
Le 13 novembre, manifestation sur le Champ de Mars à Paris aux côtés des éleveurs, 2500 personnes étaient présentes (cf article de l’Humanité)
Le 17 novembre lors du conseil d’administration 100 personnes étaient réunies devant la direction de l’ONF ; cependant celui a voté majoritairement pour le désengagement de l’Etat dans la gestion des forêts publiques.
Ce plan prévoit des suppressions massives d’emplois et la fermeture de services de proximité et enfin la délocalisation du siège de l’ONF à Compiègne.
Les conclusions du Grenelle de l’environnement étaient pourtant : « produire plus pour préserver plus ». Aujourd’hui seule la première partie de cette formule semble intéresser nos décideurs. On se demande comment un tel objectif pourra être atteint avec de tels moyens.
Les personnels de l’ONF, unis dans l’intersyndicale continuent leurs actions contre le plan de restructuration de leur établissement. Vous pouvez leur apporter votre soutien en signant la pétition sur le site http://www.snupfen.org
et trouver des infos sur le site http://www.cgt-foret.org
04 janvier 2009
réforme de l'audiovisuel : malgré la crise, que du bonheur !
La réforme de l’audiovisuel public a commencé par une pitrerie, elle s’achève dans le burlesque…
On s’en souvient : janvier 2008 le Président de la République annonce la fin de la publicité sur le service audiovisuel public…
5 janvier 2009 faute d’avoir terminé l’examen du projet de loi, la publicité sera supprimée par… le PD-G de France Télévision, Patrice de Carolis, futur intermittent du spectacle, preuve par l’absurde qu’il n’y avait pas de nécessité de voter une loi pour supprimer la pub.
Cette fin de la publicité personne ne la demandait. Ni la gauche, pourtant allergique aux coupures publicitaires, mais qui ne savait pas comment la financer. Ni TF1 ou les chaînes privées qui engrangeaient assez de « réclames » pour faire bouillir la marmite. Ni même la droite qui a découvert cet OVNI avec stupeur. Les mêmes qui réclamaient à corps et à cris une seconde coupure publicitaire dans les fictions ont du mal à justifier que l’on considère aujourd’hui la pub comme une gangrène qui corrompt le corps sain de la culture et du patrimoine national.
Entre-temps l’assemblée nationale s’est entredéchirée pour des queues de cerises. Comment sera comblé le déficit que crée une telle annonce ? Les recettes d’un an de cogitation d’une commission ad-hoc sont pitoyables. Et par-dessus le marché les parlementaires ont fait une loi à coups de copier/coller que leur ont soufflés des lobbyistes de TF1.
Nous qui travaillons dans l’audiovisuel public nous avons compris avec un rien d’écœurement ce qui motivait ce capharnaüm. La seule mesure qui nécessitait une loi est la nomination (et la révocation) du PD-G du service public de l’audiovisuel par le Président de la République. Tout le reste aurait parfaitement pu être conduit par de simples décrets en conseil des Ministres. Le président a déjà tous ses copains à la tête de l’audiovisuel privé, il veut à présent placer sous sa férule les chaînes du service public.
Mais au-delà de ces tripatouillages qui aboutiront si l’on y prend garde à un service public rachitique et sous contrôle, il est un enjeu de société qu’il faut garder en vue.
L’indépendance de l’information est directement en cause. Souvenons-nous des panégyriques tressés au libéralisme sur les chaînes de télévision jusqu’en septembre 2008. La palme revient sans doute à TF1-LCI dont les experts économistes glosaient sans fin sur les miracles du marché mondialisé.
Que nous a-t-on servi sur l’irresponsabilité des empêcheurs de déréguler en rond ? Quinze jours plus tard c’était la crise qui n’est pas prête de s’arrêter.
2012 ! Quand on voit la difficulté des pays européens à détacher Sarkozy de la Présidence de l’Europe on n’a pas de mal à imaginer ce qui se passera à la veille de la présidentielle en matière de contrôle politique de l’information.
Mais il y a plus grave, car plus insidieux : « La télévision publique qui devrait coopérer pour que la situation s’améliore, est aujourd’hui la source principale de diffusion du pessimisme », a regretté récemment Silvio Berlusconi le chef du gouvernement italien « Je vais faire le maximum pour que les télévisions publiques et privées ne soient pas des facteurs d’anxiété, comme malheureusement elles le sont trop souvent devenues », quand on se souvient de l’expérience de « La Cinq » de Berlusconi en France, avec ses girls et ses paillettes, son optimisme en boite, on comprend mieux quelles pourraient être en France les ingérences des conseillers du Président sur les programmes de télévision. Du cirque ! Des histoires édifiantes, sur fond de bonheur en sirop ! Le "Thierry la Fronde du futur" a-t-il déjà souhaité. Une "Chanson Douce" d’Henri Salvador assaisonné de « bonne nuit les petits » Avec cette loi sur l’audiovisuel ; je vous l’assure : la crise ne sera que du bonheur !
Il est temps d’envisager, avec entre autres les signataires des « états généraux pour le pluralisme », de construire un pôle public et associatif des médias sans but lucratif, véritable service public de l’information et de la culture, garant du pluralisme, riche de sa diversité et respectueux de la multiplicité de ses formes.
Cette déclaration a été adoptée par (liste provisoire, 26 mai 2008) : ACJ (Association des Cyberjournalistes) - Acrimed (Action-Critique Médias) – Bellaciao.org - ATTAC - CMTS (Convergence des Médias du Tiers Secteur) – Corali (Coopération des radios libres) –- Fédération Syndicale unitaire (FSU) - FNVDPQ (Fédération Nationale des Vidéos de Pays et de Quartiers) – Le Dispositif – Les Pieds dans la Paf - Métazone TV - Rézo citoyen - SNJ (Syndicat National des Journalistes) – SNJ-CGT (Syndicat National des Journalistes-CGT) - Sud-AFP – Sud-Rail - Sud Culture Solidaires – Union Syndicale Solidaires.
Adresse du site : http://www.etats-generaux-medias.org/
30 décembre 2008
Le Climat, Otage de la Finance
dans son essai paru aux éditions Mille et Une Nuits, Aurélien Bernier nous explique en quoi consistent ces "droits à polluer" ou autrement dit la Finance Carbone.
Changement climatique, émissions de CO2, gaz à effet de serre, protocole de Kyoto - la réponse à tous ces problèmes serait un marché carbone.
Pour l'auteur, le constat est tout autre: les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter, le fameux marché carbone génère des effets pervers et mène à un développement à grande échelle de la spéculation.
On peut aussi écouter l'intervention d'Aurélien Bernier (30 mn environ) lors d'un colloque "Crise financière et environnement" qui s'est tenu à Paris début décembre:
http://www.m-pep.org/spip.php?article1048
30 novembre 2008
Résumé de l'intervention de Bernard Teper à Vaux le Pénil le 21 novembre
S’il y a un secteur de l’économie qui fait l’objet d’une privatisation accélérée, c’est bien celui de la Santé et de l’Assurance Maladie.
Que s'est il passé depuis 1945 date à laquelle on a établi le principe de la Sécurité Sociale solidaire?
-Les ordonnances de 1967 diminuent le pouvoir des élus des assurés sociaux à la Sécu en démarrant l’étatisation de la Sécu et la création du paritarisme pour que le pouvoir se partage désormais entre l’Etat et le patronat.
-1983 on démarre les franchises avec le forfait hospitalier
-Refus des pouvoirs publics en 1989 d’organiser les élections à la Sécu (dont les dernières datent de 1983).
-La contre-réforme Juppé en 1995 continue l’étatisation de la Sécu pour engager le processus de privatisation et de marchandisation de la Sécu et du système de santé.
-2001 la concurrence libre dans la complémentaire santé fait péricliter les mutuelles solidaires de santé.
-2002 : lancement du plan Hôpital 2007 puis 2012 avec sa tarification à l’activité qui permettra au gouvernement de favoriser les cliniques privées face à l’hôpital public.
-2003 il faut combattre "le trou de la Sécu"
les dépassements d’honoraires augmentent de 65% en 7 ans.
-2004 contre-réforme Douste-Blazy.
Les franchises médicales sont injustes, dangereuses pour la santé et totalement inefficaces sur le plan économique
Les franchises sont injustes car elles touchent davantage les plus modestes.
Les franchises sont dangereuses car elles limitent l’accès aux soins pour des gens qui en ont besoin et leur pathologie se développe.
Les franchises sont inefficaces: les dépenses diminuent à court terme mais augmentent à long terme.
« Le trou de la Sécu » est construit et fabriqué par la dégradation de la répartition des richesses depuis 25 ans au détriment du salaire direct et socialisé.
L’objectif de toutes ces contre – réformes de 1967 à nos jours et des contre-réformes qui sont en préparation est LA MARCHANDISATION ET LA PRIVATISATION DU SYSTEME DE REMBOURSEMENTS DES SOINS ET DU SYSTEME DE SANTE LUI-MEME.
Pourquoi les franchises sont un moyen de marchandiser et de privatiser le remboursement des soins ? Si chacun sait parfaitement que les franchises sont inefficaces, alors pourquoi cette volonté de les imposer ?
L’attaque est aujourd’hui principalement contre la protection sociale en général et contre le système de santé et la Sécurité sociale en particulier. C’est que la protection sociale et surtout la sécurité sociale est le premier budget humain. C’est la plus grande masse financière à privatiser et à marchandiser.
Avec une nouvelle volonté politique, il y a un grand avenir pour la mutualité Si on se fie sur les besoins sociaux et si on s’applique à revenir aux bases de la mutualité solidaire, qui mieux qu’elle pourrait gérer les nombreux centres de santé qui manquent sur notre territoire et qu’il faudrait construire ? Qui mieux qu’elle pourrait être le principal acteur de la prévention (éducation à la santé, dépistage, diminution des facteurs de risque) ? Qui mieux qu’elle pourrait développer les soins à domicile ? Mais il faut une volonté politique d’installer la mutualité dans sa potentialité stratégique au lieu d’en faire un concurrent à la Sécurité sociale qui favorise in fine les grandes firmes multinationales de l’assurance et de la réassurance.
En octobre 2006, les Etats généraux de la santé et de l’assurance-maladie (EGSAM) ont produit un manifeste qui jette les pistes d’une alternative à l’actuelle marchandisation et privatisation du système de santé et de sécurité sociale. Il faut défendre les structures de proximité. Allier les personnels de santés, les élus et la population. Si on ne réunit pas ces 3 éléments, on ne peut pas lutter efficacement. Il faut aussi mener des campagnes d'éducation populaire et faire des stages de formation car le secteur santé requiert un minimum de technicité afin de présenter un projet alternatif.
08 novembre 2008
Science fiction* et moralisation
Le 22 octobre dernier , lors d’un colloque à Melun, le Professeur Atlan nous a fait part de son rapport sur l’état de la Santé en Ile de France, constat peu réjouissant particulièrement pour notre département. Ce n’est malheureusement pas une exception dans notre pays mais plutôt le résultat d’une politique de santé. La situation s’est aggravée très vite ces dernières années. Est-ce inéluctable?
Depuis plusieurs années, la réponse à cette question est invariablement : "Déficit de la Sécurité Sociale".
Ce "trou" abyssal à géométrie variable est censé culpabiliser des malades irresponsables. Il y a pourtant d’autres aspects à prendre en compte: cotisations non payées par l’état, exonérations (multiples et sans effet) de charges patronales… Mais alors là, pas question d’y toucher, on saboterait la croissance (sic).
Le vrai scandale est que l’un des pays les plus riches du monde ne puisse pas soigner correctement ses habitants. Et plus encore que le pays le plus riche du monde – les USA – compte 45 millions de personnes sans assurance maladie.
Toutes ces considérations n’ont jusqu’à présent pas ébranlé nos gouvernants dans leur marche forcée vers la privatisation des systèmes de soins. Mais un élément nouveau est apparu… LA crise….. Panique générale dans le monde!
Que se passe–t-il donc? Bonne question: le citoyen lambda est bien incapable d’y répondre ! D’autant plus qu’il est submergé par des explications diverses, contradictoires et inquiétantes. On y perd le latin que l’on n’a pas appris… Globalement, on croit comprendre que la course au profit s’est emballée.. plus de contrôles…plus de limites… un système économique s’effondre.
Alors, pour le maintenir sous perfusion, les Etats qui n’avaient plus un sou sauvent les banques qui avaient tout perdu pour qu’elles puissent réinvestir... ??? Mais ces Etats ne sont pas contents, ce n’est pas bien , il va falloir moraliser le système.
« La politique est la science de faire pour le mieux, au sens moral du terme, et pour le bien public »**
Il était temps de se rendre compte que ce n’était pas de faire pour le mieux pour un tout petit nombre, au sens immoral du terme et contre le bien public.
La leçon est amère, mais il est encore temps de choisir le mieux pour tous: c’est cela le courage en politique.
* « Genre (littéraire et cinématographique) dont la fonction se fonde sur l’évolution de l’humanité et ,en particulier, sur les conséquences de ses progrès scientifiques » Petit Larousse
** Aristote Ethique de Nicomaque livre1
04 octobre 2008
Retraités, Personnes âgées, Handicapés, Solidarité intergénérationnelle
Récemment « rayée des cadres à ma demande » selon l’expression consacrée dans la Fonction Publique, je me sens toujours citoyenne du même monde. Le seul changement est celui de notre nouveau statut: après la période légale de service actif, le retraité bénéficie d’une pension qui doit lui permettre de vivre.
Vivre: lire, bricoler, aider les enfants, garder les petits-enfants, s’occuper des parents âgés, être actif dans des associations, voyager. Le champ des possibilités est immense.
Et puis, peu à peu, les mêmes mots reviennent, nous cernent. On parle de retraités donc des personnes âgées et dans la foulée… de handicap et de solidarité. Les mots trahissent toujours la pensée. Interrogeons-nous sur leur sens, comme nous l’avons appris à l’école:
- Retraite : état d’une personne qui s’est retirée d’une fonction, d’un emploi et qui à droit à une pension.( Petit Robert)
- Personne âgée : inutile de chercher, cela signifie que l’on a vieilli ! Or, vieillir est aussi naturel et inéluctable que respirer…et cela dès la naissance !
- Handicapé : toujours d’après le Petit Robert, c’est être désavantagé, défavorisé par suite d’une maladie ou d’une infirmité.
Pourquoi associer sans arrêt ces termes? On glisse sans en avoir l’air vers des affirmations plutôt contestables: l’âge est-il forcément un handicap? le retraité – pas tout jeune, par définition - serait-il un handicapé qui s’ignore? je caricature bien sûr, et on peut s’amuser de ce raccourci mais le rire s’arrête quand on associe à ces mots ceux de ‘ solidarité intergénérationnelle’.
Reprenons donc notre dictionnaire:
- Solidarité : relation entre personnes qui entraîne pour un élément du groupe l’obligation morale de ne pas desservir les autres et de leur porter assistance.
Jusque-la on comprend: c’est la base de notre organisation sociale.
Mais alors, pourquoi ajouter « intergénérationnelle » Cela sous- entendrait-il que nous sommes des groupes différents; nos intérêts ne seraient pas les mêmes? Jeunes contre vieux, bien-portants contre malades?
Les jeunes vieilliront et tout le monde peut être malade. C’est une évidence. Pourtant, subrepticement, on associe retraite, vieillesse et handicap en disant : Aidons les, les pauvres!
Cela s’appelle l’injonction contradictoire, c’est très en vogue de nos jours…
Par exemple, prenez la télé ( ou plutôt la pub…mais on peut confondre ): on propose aux enfants de la nourriture bien grasse, bien sucrée et bien attrayante... et on diffuse en même temps un message: c’est dangereux pour la santé! Comment les enfants d’aujourd’hui pourront-ils croire les adultes?
Alors, je propose un acte de solidarité intergénérationnelle: expliquons leur que nous avons vécu autre chose, que c’est possible. La Sécurité Sociale, les services publics furent mis en place dans ce but: ne laisser personne au bord du chemin. C’était après la 2ème guerre mondiale dans un pays ruiné: cela ne l’a pas empêché de se relever.
