19 janvier 2008
Hervé Kempf : l'obession de la croissance, peut-on y échapper?
Où nous mène le dogme de la croissance depuis un siècle?
L'humanité a atteint les limites de la biosphère, nous nous trouvons dans une crise écologique historique.
1ère manifestation: le changement climatique
2ème manifestation: crise de la biodiversité
3ème manifestation: pollution généralisée
Pourquoi dans ces conditions ne changeons nous pas de trajectoire?
C'est parce que la classe dirigeante – l'oligarchie en place – empêche les choses de bouger.
On assiste à un retour de la pauvreté dans les pays riches; plus de personnes se trouvent dans la précarité; aujourd'hui des personnes ayant un emploi sont en situation de pauvreté. Nous risquons d'aller vers le chaos social, vers des sociétés autoritaires dans un environnement totalement dégradé.
Evolution des plus riches
Une étude de Friedman & Sachs montre que le salaire des patrons était de 35 à 40 fois plus élevé que celui des employés dans les années 80, à l'heure actuelle il est de 120 à 130 fois supérieur.
A l'heure actuelle, le revenu des 500 les plus riches est équivalent à celui de 416 millions des plus pauvres.
Où les riches mettent ils leur argent? Dans les paradis fiscaux.
Les taux d'imposition baissent pour les plus grandes fortunes. La redistribution par l'impôt régresse
Cette oligarchie se ferme sur elle même; on assiste à une augmentation des frais d'études supérieures qui induit une sélection par l'argent. Elle vit dans des communautés isolées, des quartiers réservés tels qu'aux USA et en Argentine. Elle se livre à une consommation ostentatoire (yachts, avions personnels, etc...)
Mais elle n'a pas de projet politique.Elle surconsomme et ne se préoccupe pas vraiment de la situation environnementale dont elle minore la gravité.
Evolution des moins riches
Voir Thorstein Veblen, économiste du XIXème siècle, auteur de la théorie de la classe de loisirs.
Il a développé la théorie qu'une fois les besoins satisfaits, la dépense de consommation sert surtout à se distinguer des autres humains. Il en va de même pour les groupes sociaux. Un groupe donné tend à imiter le groupe qu'il estime situé au dessus de lui dans l'échelle sociale. C'est ainsi que la classe la plus riche fixe la norme que toute le société cherche à imiter.
On s'arrête quand pour réfléchir?
malgré la noirceur du tableau, on ne voit pas de signes d'insurrection pour plusieurs raisons:
-les mécanismes de contrôle sont de plus en plus efficaces, contrôle médiatique
-nous vivons dans un monde confortable
-le capitalisme nous a convaincu qu'il fallait aller dans le sens de l'individuel et qu'il fallait casser le collectif.
Pour diminuer la crise écologique, il faut diminuer l'impact sur la biosphère, diminuer notre consommation et nos rejets.
Les classes moyennes n'accepteront ce changement que si le modèle présenté par l'oligarchie est dissous.
Le rôle des élites est de retrouver une notion du bien commun.
Le changement se fait au sommet (« le poisson pourrit par la tête »)
Pour changer le modèle culturel, il faudra changer radicalement les rapports d'inégalité. Patrick Viveret propose le RMA (Revenu Maximum Acceptable)
Moins de consommation matérielle, plus de lien social.
conférence à l'Insead, le 7 janvier 2008 - voir aussi le site Reporterre.net
