16 décembre 2009
"Face à la récession, comment organiser un autre vivre ensemble qui redynamisera nos territoires?"
Conférence de Claude Llena, professeur de socio-économie à l’université de Montpellier, à l'occasion de la célébration des 30 ans du GENE à la salle des fêtes de Nemours, le 12 décembre.
1- les constats quantitatifs :
Sur notre terre, 1 milliard d’individus ne mangent pas à leur faim.
10% de la population de notre pays a des revenus inférieurs au RMI.
Le progrès de la croissance ne s’accompagne pas forcément avec l’amélioration de notre niveau de vie; on assiste plutôt à sa détérioration.
Comment mesurer le bonheur ?
Il y a plusieurs indicateurs : le PIB, l’IDH (Indicateur Développement Humain) et l’ISS (Indicateur de Santé Sociale) et c’est cet indicateur qui est le plus parlant – il comporte 16 variables.
L’ISS est en réduction dans les pays occidentaux, pourtant la croissance progresse.
Les gouvernements en place préfèrent penser que « le corps social n’est pas malade »
2- Différentes expériences
-à Montpellier, dans un quartier dit sinistré (40% de chômage, 50 % des habitants au RMI), en y regardant de plus près on constate que la cité est en activité, qu’il y a une vie étonnante.
Voir à ce sujet le livre « la Puissance des Pauvres »
- au Perthus : si on observe les voitures se déplaçant vers le Sud, il y en avait des centaines 30 ans auparavant, il y en a désormais des milliers qui forment une sorte de toile d’araignée entre le Nord et le Sud, qu’on peut recouvrir par le terme « économie informelle ».
-les AMAP sont un exemple de relocalisation de l’activité.
Il y a aussi l’exemple des épiceries de producteurs (25 producteurs se regroupent et vendent chacun 1 jour par mois dans ce type d’épicerie).
- expérience en Afrique et en Amérique Latine
Proverbe sénégalais : « est pauvre celui qui n’a personne » on constate la force de l’organisation collective pour gérer les situations de crise.
Les pratiques informelles ne sont pas comptabilisées.
3-les Economies plurielles – Sortie de l’économie
Si on prend le besoin de s’alimenter, il y a plusieurs façons d’y répondre :
-l’économie marchande (aller au restaurant)
-l’économie non marchande (redistribution par organismes caritatifs)
-méthode domestique (manger les légumes de son jardin ou encore du jardin de son voisin – on entre à ce moment dans le don/contre-don, on n’est pas obligé de rendre dans l’instant, le contre don s’étire dans le temps)
-l’économie sociale et solidaire
En Amérique Latine, existence de « l’Economie Populaire » qui est en fait l’économie des pauvres.
Il existe en Bolivie un ministère des micro-entreprises et de l’informalité.
Si on tente de formaliser l’informel, on tue la dynamique et on risque de mettre les personnes qui participent à l’économie informelle dans un modèle pour lequel ils ne sont pas préparés.
La sortie de l’économie : le 1er besoin humain est le besoin de reconnaissance. Un autre fonctionnement est à adopter afin de sortir de la logique de l’Homo Economicus, il nous faut voir la réalité avec des indicateurs différents de ceux proposés par l'économie classique.
19 janvier 2008
Hervé Kempf : l'obession de la croissance, peut-on y échapper?
Où nous mène le dogme de la croissance depuis un siècle?
L'humanité a atteint les limites de la biosphère, nous nous trouvons dans une crise écologique historique.
1ère manifestation: le changement climatique
2ème manifestation: crise de la biodiversité
3ème manifestation: pollution généralisée
Pourquoi dans ces conditions ne changeons nous pas de trajectoire?
C'est parce que la classe dirigeante – l'oligarchie en place – empêche les choses de bouger.
On assiste à un retour de la pauvreté dans les pays riches; plus de personnes se trouvent dans la précarité; aujourd'hui des personnes ayant un emploi sont en situation de pauvreté. Nous risquons d'aller vers le chaos social, vers des sociétés autoritaires dans un environnement totalement dégradé.
Evolution des plus riches
Une étude de Carola Frydman & Raven Saks montre que le salaire des patrons était de 35 à 40 fois plus élevé que celui des employés dans les années 80, à l'heure actuelle il est de 120 à 130 fois supérieur.
A l'heure actuelle, le revenu des 500 les plus riches est équivalent à celui de 416 millions des plus pauvres.
Où les riches mettent ils leur argent? Dans les paradis fiscaux.
Les taux d'imposition baissent pour les plus grandes fortunes. La redistribution par l'impôt régresse
Cette oligarchie se ferme sur elle même; on assiste à une augmentation des frais d'études supérieures qui induit une sélection par l'argent. Elle vit dans des communautés isolées, des quartiers réservés tels qu'aux USA et en Argentine. Elle se livre à une consommation ostentatoire (yachts, avions personnels, etc...)
Mais elle n'a pas de projet politique.Elle surconsomme et ne se préoccupe pas vraiment de la situation environnementale dont elle minore la gravité.
Evolution des moins riches
Voir Thorstein Veblen, économiste du XIXème siècle, auteur de la théorie de la classe de loisirs.
Il a développé la théorie qu'une fois les besoins satisfaits, la dépense de consommation sert surtout à se distinguer des autres humains. Il en va de même pour les groupes sociaux. Un groupe donné tend à imiter le groupe qu'il estime situé au dessus de lui dans l'échelle sociale. C'est ainsi que la classe la plus riche fixe la norme que toute le société cherche à imiter.
On s'arrête quand pour réfléchir?
malgré la noirceur du tableau, on ne voit pas de signes d'insurrection pour plusieurs raisons:
-les mécanismes de contrôle sont de plus en plus efficaces, contrôle médiatique
-nous vivons dans un monde confortable
-le capitalisme nous a convaincu qu'il fallait aller dans le sens de l'individuel et qu'il fallait casser le collectif.
Pour diminuer la crise écologique, il faut diminuer l'impact sur la biosphère, diminuer notre consommation et nos rejets.
Les classes moyennes n'accepteront ce changement que si le modèle présenté par l'oligarchie est dissous.
Le rôle des élites est de retrouver une notion du bien commun.
Le changement se fait au sommet (« le poisson pourrit par la tête »)
Pour changer le modèle culturel, il faudra changer radicalement les rapports d'inégalité. Patrick Viveret propose le RMA (Revenu Maximum Acceptable)
Moins de consommation matérielle, plus de lien social.
conférence à l'Insead, le 7 janvier 2008 - voir aussi le site Reporterre.net
