30 novembre 2008
Résumé de l'intervention de Bernard Teper à Vaux le Pénil le 21 novembre
S’il y a un secteur de l’économie qui fait l’objet d’une privatisation accélérée, c’est bien celui de la Santé et de l’Assurance Maladie.
Que s'est il passé depuis 1945 date à laquelle on a établi le principe de la Sécurité Sociale solidaire?
-Les ordonnances de 1967 diminuent le pouvoir des élus des assurés sociaux à la Sécu en démarrant l’étatisation de la Sécu et la création du paritarisme pour que le pouvoir se partage désormais entre l’Etat et le patronat.
-1983 on démarre les franchises avec le forfait hospitalier
-Refus des pouvoirs publics en 1989 d’organiser les élections à la Sécu (dont les dernières datent de 1983).
-La contre-réforme Juppé en 1995 continue l’étatisation de la Sécu pour engager le processus de privatisation et de marchandisation de la Sécu et du système de santé.
-2001 la concurrence libre dans la complémentaire santé fait péricliter les mutuelles solidaires de santé.
-2002 : lancement du plan Hôpital 2007 puis 2012 avec sa tarification à l’activité qui permettra au gouvernement de favoriser les cliniques privées face à l’hôpital public.
-2003 il faut combattre "le trou de la Sécu"
les dépassements d’honoraires augmentent de 65% en 7 ans.
-2004 contre-réforme Douste-Blazy.
Les franchises médicales sont injustes, dangereuses pour la santé et totalement inefficaces sur le plan économique
Les franchises sont injustes car elles touchent davantage les plus modestes.
Les franchises sont dangereuses car elles limitent l’accès aux soins pour des gens qui en ont besoin et leur pathologie se développe.
Les franchises sont inefficaces: les dépenses diminuent à court terme mais augmentent à long terme.
« Le trou de la Sécu » est construit et fabriqué par la dégradation de la répartition des richesses depuis 25 ans au détriment du salaire direct et socialisé.
L’objectif de toutes ces contre – réformes de 1967 à nos jours et des contre-réformes qui sont en préparation est LA MARCHANDISATION ET LA PRIVATISATION DU SYSTEME DE REMBOURSEMENTS DES SOINS ET DU SYSTEME DE SANTE LUI-MEME.
Pourquoi les franchises sont un moyen de marchandiser et de privatiser le remboursement des soins ? Si chacun sait parfaitement que les franchises sont inefficaces, alors pourquoi cette volonté de les imposer ?
L’attaque est aujourd’hui principalement contre la protection sociale en général et contre le système de santé et la Sécurité sociale en particulier. C’est que la protection sociale et surtout la sécurité sociale est le premier budget humain. C’est la plus grande masse financière à privatiser et à marchandiser.
Avec une nouvelle volonté politique, il y a un grand avenir pour la mutualité Si on se fie sur les besoins sociaux et si on s’applique à revenir aux bases de la mutualité solidaire, qui mieux qu’elle pourrait gérer les nombreux centres de santé qui manquent sur notre territoire et qu’il faudrait construire ? Qui mieux qu’elle pourrait être le principal acteur de la prévention (éducation à la santé, dépistage, diminution des facteurs de risque) ? Qui mieux qu’elle pourrait développer les soins à domicile ? Mais il faut une volonté politique d’installer la mutualité dans sa potentialité stratégique au lieu d’en faire un concurrent à la Sécurité sociale qui favorise in fine les grandes firmes multinationales de l’assurance et de la réassurance.
En octobre 2006, les Etats généraux de la santé et de l’assurance-maladie (EGSAM) ont produit un manifeste qui jette les pistes d’une alternative à l’actuelle marchandisation et privatisation du système de santé et de sécurité sociale. Il faut défendre les structures de proximité. Allier les personnels de santés, les élus et la population. Si on ne réunit pas ces 3 éléments, on ne peut pas lutter efficacement. Il faut aussi mener des campagnes d'éducation populaire et faire des stages de formation car le secteur santé requiert un minimum de technicité afin de présenter un projet alternatif.
08 novembre 2008
Science fiction* et moralisation
Le 22 octobre dernier , lors d’un colloque à Melun, le Professeur Atlan nous a fait part de son rapport sur l’état de la Santé en Ile de France, constat peu réjouissant particulièrement pour notre département. Ce n’est malheureusement pas une exception dans notre pays mais plutôt le résultat d’une politique de santé. La situation s’est aggravée très vite ces dernières années. Est-ce inéluctable?
Depuis plusieurs années, la réponse à cette question est invariablement : "Déficit de la Sécurité Sociale".
Ce "trou" abyssal à géométrie variable est censé culpabiliser des malades irresponsables. Il y a pourtant d’autres aspects à prendre en compte: cotisations non payées par l’état, exonérations (multiples et sans effet) de charges patronales… Mais alors là, pas question d’y toucher, on saboterait la croissance (sic).
Le vrai scandale est que l’un des pays les plus riches du monde ne puisse pas soigner correctement ses habitants. Et plus encore que le pays le plus riche du monde – les USA – compte 45 millions de personnes sans assurance maladie.
Toutes ces considérations n’ont jusqu’à présent pas ébranlé nos gouvernants dans leur marche forcée vers la privatisation des systèmes de soins. Mais un élément nouveau est apparu… LA crise….. Panique générale dans le monde!
Que se passe–t-il donc? Bonne question: le citoyen lambda est bien incapable d’y répondre ! D’autant plus qu’il est submergé par des explications diverses, contradictoires et inquiétantes. On y perd le latin que l’on n’a pas appris… Globalement, on croit comprendre que la course au profit s’est emballée.. plus de contrôles…plus de limites… un système économique s’effondre.
Alors, pour le maintenir sous perfusion, les Etats qui n’avaient plus un sou sauvent les banques qui avaient tout perdu pour qu’elles puissent réinvestir... ??? Mais ces Etats ne sont pas contents, ce n’est pas bien , il va falloir moraliser le système.
« La politique est la science de faire pour le mieux, au sens moral du terme, et pour le bien public »**
Il était temps de se rendre compte que ce n’était pas de faire pour le mieux pour un tout petit nombre, au sens immoral du terme et contre le bien public.
La leçon est amère, mais il est encore temps de choisir le mieux pour tous: c’est cela le courage en politique.
* « Genre (littéraire et cinématographique) dont la fonction se fonde sur l’évolution de l’humanité et ,en particulier, sur les conséquences de ses progrès scientifiques » Petit Larousse
** Aristote Ethique de Nicomaque livre1
04 octobre 2008
Retraités, Personnes âgées, Handicapés, Solidarité intergénérationnelle
Récemment « rayée des cadres à ma demande » selon l’expression consacrée dans la Fonction Publique, je me sens toujours citoyenne du même monde. Le seul changement est celui de notre nouveau statut: après la période légale de service actif, le retraité bénéficie d’une pension qui doit lui permettre de vivre.
Vivre: lire, bricoler, aider les enfants, garder les petits-enfants, s’occuper des parents âgés, être actif dans des associations, voyager. Le champ des possibilités est immense.
Et puis, peu à peu, les mêmes mots reviennent, nous cernent. On parle de retraités donc des personnes âgées et dans la foulée… de handicap et de solidarité. Les mots trahissent toujours la pensée. Interrogeons-nous sur leur sens, comme nous l’avons appris à l’école:
- Retraite : état d’une personne qui s’est retirée d’une fonction, d’un emploi et qui à droit à une pension.( Petit Robert)
- Personne âgée : inutile de chercher, cela signifie que l’on a vieilli ! Or, vieillir est aussi naturel et inéluctable que respirer…et cela dès la naissance !
- Handicapé : toujours d’après le Petit Robert, c’est être désavantagé, défavorisé par suite d’une maladie ou d’une infirmité.
Pourquoi associer sans arrêt ces termes? On glisse sans en avoir l’air vers des affirmations plutôt contestables: l’âge est-il forcément un handicap? le retraité – pas tout jeune, par définition - serait-il un handicapé qui s’ignore? je caricature bien sûr, et on peut s’amuser de ce raccourci mais le rire s’arrête quand on associe à ces mots ceux de ‘ solidarité intergénérationnelle’.
Reprenons donc notre dictionnaire:
- Solidarité : relation entre personnes qui entraîne pour un élément du groupe l’obligation morale de ne pas desservir les autres et de leur porter assistance.
Jusque-la on comprend: c’est la base de notre organisation sociale.
Mais alors, pourquoi ajouter « intergénérationnelle » Cela sous- entendrait-il que nous sommes des groupes différents; nos intérêts ne seraient pas les mêmes? Jeunes contre vieux, bien-portants contre malades?
Les jeunes vieilliront et tout le monde peut être malade. C’est une évidence. Pourtant, subrepticement, on associe retraite, vieillesse et handicap en disant : Aidons les, les pauvres!
Cela s’appelle l’injonction contradictoire, c’est très en vogue de nos jours…
Par exemple, prenez la télé ( ou plutôt la pub…mais on peut confondre ): on propose aux enfants de la nourriture bien grasse, bien sucrée et bien attrayante... et on diffuse en même temps un message: c’est dangereux pour la santé! Comment les enfants d’aujourd’hui pourront-ils croire les adultes?
Alors, je propose un acte de solidarité intergénérationnelle: expliquons leur que nous avons vécu autre chose, que c’est possible. La Sécurité Sociale, les services publics furent mis en place dans ce but: ne laisser personne au bord du chemin. C’était après la 2ème guerre mondiale dans un pays ruiné: cela ne l’a pas empêché de se relever.
